La boxe dans la littérature

Pourquoi la boxe est un objet littéraire fascinant

Il s’agit de déplacement, de réflexe, d’esquive, de riposte, de coup, de cible. Il faut donc être très technique, tout en étant accessible à tout lecteur.

Lais il s’agit aussi de tension, de violence et de maîtrise en même temps, de passion, d’adversaire, d’énergie. Et là, il faut des mots enlevés, puissants capables d’exprimer et de diffuser tout ce que ce sport peut faire ressentir au sportif et au spectateur.

Ce sport au cinéma est fascinant, et c’est un sacré défi d’écriture que de se lancer là-dedans.

J’avais retenu cet extrait de Craig Davidson d’une nouvelle dont s’est inspiré Jacques Audiard pour le film De Rouille et d’os.

Il se passe toujours quelque chose pour équilibrer autre chose, chaque minute de chaque jour, un bilan silencieux, chaque action portant en elle son propre poids discret, son propre pouvoir de transformation.

Il y a vingt-sept os dans la main humaine. Entre autres, le lunatum, le capitatum et le naviculaire, le scaphoïde et le triquétrum, ou bien encore les minuscules pisiformes cornus de la face extérieure du poignet. Ils ont beau être tous différents dans leur forme comme dans leur densité, ils sont tous bien alignés, leurs contours sont parfaitement ajustés et ils sont reliés par un réseau de ligaments qui courent sous la peau. Tous les vertébrés ont en commun un ensemble d’os similaire, et tous les os se constituent à partir des mêmes tissus : qu’il s’agisse de l’aile d’un oiseau, de la nageoire dorsale d’une baleine, de la patte d’un gecko ou de votre propre main. Certains primates en ont plus encore : le gorille en a trente-deux, cinq dans chaque pouce. Pour les humains, c’est vingt-sept.

Cassez-vous un bras ou une jambe, et l’os va s’enve­lopper de calcium en se ressoudant, si bien qu’il sera plus solide qu’avant. Mais cassez-vous un os de la main, et cela ne guérit jamais correctement. On se fracture un os du tarse et la ligne de fêlure reste visible pour toujours : comme une faille dans du granit sur les radios. Si on a un métacarpien écrasé, on est bon : les esquilles d’os qui ne sont pas absorbées par des tissus tendres sont dévorées par les enzymes ; cette poudre passe ensuite dans le système sanguin. Regardez donc les mains d’un boxeur : les jointures se sont écrasées contre les lourds sacs de frappe ou contre le visage d’un adversaire et la peau s’est fendue en diagonales croisées, comme une grille de cicatrices en X.

Cent dollars de plus, de Jack London

4ème de couverture

Joe est boxeur. Il s’apprête à se marier. Mais avant, il doit encore livrer combat, le dernier promet-il à sa fiancée, qui lui permettra de gagner les cent dollars, nécessaires à leur installation. Il doit affronter une brute épaisse, à la force terrifiante. Joe, plus fluet, compte sur son intelligence du “jeu”. Tout se jouera au dernier round. C’est ce combat de David contre Goliath, de la finesse contre la force, que raconte London, lui-même grand amateur de boxe, dans ce récit peu connu mais tout à fait emblématique de son œuvre.

«  »Joe, l’œil vif, vit l’ouverture et allongea sur la bouche de Ponta un direct instantanément suivi d’un crochet swingué destiné à la mâchoire. Toute la salle, debout, vociférait. Geneviève entendait des hommes hurler : ‘Il l’a eu ! Il l’a !’ Elle non plus ne se contrôlait plus ; la douceur, la tendresse – évanouies ; elle exultait à chacun des terribles coups assenés par son amant, et voyait déjà arrivé le début de la fin. »  »

Mon avis

Sportive et boxeuse amatrice, c’était logique d’être attirée par cette histoire de Jack London. Je vais être brève, tout comme le livre : c’est une super lecture.
Chaque phrase décrivant le combat est percutante et reflète à la fois la violence et l’art de ce sport, évoqué comme un « Jeu » ; l’étrange jalousie éprouvée par la fiancée du héros envers le sport qui l’obsède est très bien décortiquée ; le suspense sur l’issue du combat est maintenue jusqu’au bout ; l’adrénaline que ce « Jeu » procure aux sportifs et aux spectateurs est vraiment parfaitement exposée.
L’écriture fluide fait qu’on peut lire ce récit d’une traite, et qu’on en ressort davantage plein d’énergie que victime d’un KO.

Ma critique sur Babelio

Jim Harrison, boxeur de Arthur Conan Doyle

La lecture de ce roman est le fruit du hasard. J’apprends fin mars que Jim Harrison est mort, qu’il était un moment de la littérature américaine, et me rends compte que je n’ai rien lu de lui. Ni une ni deux, je prends ma liseuse et tape Jim Harrison dans le moteur de recherche.

Je vois « Jim Harrison, boxeur » et me dis logiquement qu’il a écrit un roman qui s’appelle « Boxeur ». Etant toute jeune fan de ce sport, je me dis banco et passe commande.

C’est en réalité un roman mettant en scène un jeune gars nommé Jim Harrison, neveu de forgeron dans la campagne aux environs de Londres du 19ème siècle, et écrit par Arthur Conan Doyle (le père de Sherlock Holmes). Rien à voir donc. Mais je l’ai lu quand même. Et j’ai bien aimé.

Sur l’histoire, voici le synopsis (mélange de Babelio et de moi-même) :

Dans un village du Sussex, au sud de l’Angleterre, le jeune Rodney Stone fait la connaissance de James Harrison sur les bancs de l’école. Jim est élevé par son oncle, forgeron et ancien champion de boxe ayant rangé ses gants suite à un combat victorieux mais terrible pour son adversaire. Rodney est le fils d’un marin de la flotte de guerre rarement à la maison, et neveu d’un proche du prince, qui le prendra sous son aile. L’amitié entre les deux jeunes hommes se renforce avec leur ambition commune qui est de découvrir le grand monde (donc Londres). L’un prétendra s’y faire une place par la boxe, l’autre par l’entrée dans la cour dans la marine de Nelson. En parallèle de leur parcours commun, on suit l’histoire de ce manoir au bout du village, réputé hanté depuis que l’un des proches amis de l’oncle de Rodney y aurait assassiné son propre frère.

A la relative lenteur du récit d’époque (qui a souvent tendance à me sortir de la lecture à cause des dialogues à rallonge et au langage très soutenu) répond le rythme vif de duels et défis sportifs. Entre une course de « voitures » (tirées par des chevaux) haletante et dangereuse, les récits de batailles navales, les joutes verbales et les combats de boxe, l’écriture apporte ce qu’il faut de vivacité et de virilité pour rendre vivant le récit. Si bien que je suis davantage marquée par ces combats de boxe que par le déroule de l’intrigue policière qui se déroule en parallèle.

EXTRAIT :

Le petit Jim n’avait connu ni son père ni sa mère, et toute sa vie s’était écoulée chez son oncle, le champion Harrison. Harrison, c’était le forgeron de Friar’s Oak.

Il avait reçu ce surnom, le jour où il avait combattu avec Tom Johnson, qui était alors en possession de la ceinture d’Angleterre, et il l’aurait sûrement battu sans l’apparition des magistrats du comté de Bedford qui interrompirent la bataille.

Pendant des années, Harrison n’eut pas son pareil pour l’ardeur à combattre et pour son adresse à porter un coup décisif, bien qu’il ait toujours été, à ce que l’on dit, lent sur ses jambes.

A la fin, dans un match avec le juif Baruch le noir, il termina le combat par un coup lancé à toute volée, qui non seulement rejeta son adversaire par-dessus la corde d’arrière, mais qui encore le mit pendant trois longues semaines entre la vie et la mort.

Harrison fut, pendant tout ce temps-là, dans un état voisin de la folie. Il s’attendait d’heure en heure à se voir prendre au collet par un agent de Bow Street et condamner à mort.

Cette mésaventure, ajoutée aux prières de sa femme, le décida à renoncer pour toujours au champ clos et à réserver sa grande force musculaire pour le métier où elle paraissait devoir trouver un emploi avantageux.

Grâce au trafic des voyageurs et aux fermiers du Sussex, il devait avoir de l’ouvrage en abondance à Friar’s Oak.

Il ne tarda pas longtemps à devenir le plus riche des gens du village ; et quand il se rendait, le dimanche, à l’église avec sa femme et son neveu, c’était une famille d’apparence aussi respectable qu’on pouvait le désirer.

Il n’était point de grande taille, cinq pieds sept pouces au plus, et l’on disait souvent que s’il avait pu allonger davantage son rayon d’action, il aurait été en état de tenir tête à Jackson ou à Belcher, dans leurs meilleurs jours.

Sa poitrine était un tonneau.

Ses avant-bras étaient les plus puissants que j’aie jamais vus, avec leurs sillons profonds, entre des muscles aux saillies luisantes, comme un bloc de roche polie par l’action des eaux.

Néanmoins, avec toute cette vigueur, c’était un homme lent, rangé, doux, en sorte que personne n’était plus aimé que lui, dans cette région campagnarde.

Sa figure aux gros traits, bien rasée, pouvait prendre une expression fort dure, ainsi que je l’ai vu à l’occasion, mais pour moi et tous les bambins du village, il nous accueillait toujours un sourire sur les lèvres, et la bienvenue dans les yeux. Dans tout le pays, il n’y avait pas un mendiant qui ne sût que s’il avait des muscles d’acier, son cœur était des plus tendres.

Son sujet favori de conversation, c’était ses rencontres d’autrefois, mais il se taisait, dès qu’il voyait venir sa petite femme, car le grand souci qui pesait sur la vie de celle-ci était de lui voir jeter là le marteau et la lime pour retourner au champ clos. Et vous n’oubliez pas que son ancienne profession n’était nullement atteinte à cette époque de la déconsidération qui la frappa dans la suite. L’opinion publique est devenue défavorable, parce que cet état avait fini par devenir le monopole des coquins et parce qu’il encourageait les méfaits commis sur l’arène.

Le boxeur honnête et brave a vu lui aussi se former autour de lui un milieu de gredins, tout comme cela arrive pour les pures et nobles courses de chevaux.

C’est pour cela que l’Arène se meurt en Angleterre et nous pouvons supposer que quand Caunt et Bendigo auront disparu, il ne se trouvera personne pour leur succéder. Mais il en était autrement à l’époque dont je parle.

L’opinion publique était des plus favorables aux lutteurs et il y avait de bonnes raisons pour qu’il en fût ainsi.

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